Autumn Ramsey

Autumn Ramsey
5 rue de Beaune, Paris

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Autumn Ramsey, Stream, 2021, oil on canvas, 61 × 76 cm.

Writing like a dog digging out its hole, a rat making its den. *

Writing like a rat traces out a line, or like it twists its tail, like a bird launches a sound, like a feline moves, or else sleeps heavily. **

Painting is the subjective space chosen by Autumn Ramsey to attempt a new definition of the body. In Autumn Ramsey’s exhibition texts, mention is often made of the relationship that the western world has had with the body, considering it as an object, detached from the mind and irrational. In the case of the female body, with the support of myths of origins, there has also been added a potentially dangerous aspect, requiring constant control. While mainly inhabited by bodies – human, animal, but also half-human half-animal, emerging from the imagination of people from the western world, such as sphinxes and satyrs – the paintings of this exhibition seem to verge towards an uncertain zone where the human, animal and vegetal become one. The figures, hitherto distinct, give way to vegetal forms. On taking a closer look, the forms might remain organic, but become increasingly abstract. There is a mingling of sinuous tubes, lobes, throats opening tremblingly, arachnid surfaces, and perhaps plasma membranes. “In some places, the pigment seems to have been applied by the tip of the tongue, its lyricism is so vibrant”, wrote Paul Leopold Rosenfeld about Georgia O’Keefe. The matter is made up of overlapping and a superposition of layers, with a clear transparency, creating a vibrato never seen before.

The plurality of registers that she makes coexist in each of her paintings (whether it is the quality of the line or the variations of colours, sometimes stark, sometimes powdery, always simmering) seem to place us in front of the contours of a mysterious overturning of the values that have for so long presided over the history of ideas and thus in the history of painting. It is a short-circuiting, leaving open room for the encounter of several realms. Autumn Ramsey practices painting which has more to do with metamorphosis than metaphors. What we have in front of us is not a floral landscape, nor a cat, nor a female nude. It is an avatar sculpted by lines, forms and colours. The change of form seems to come together with a temporal shift of trajectory. What is being dismantled here? Ancient thinking, Judeo-Christian history, the Enlightenment, the global village? God is dead. Nature doesn’t exist. It remains for us to imagine different forms in the continuity and discontinuity between humans and non-humans to solve the enigmas raised by the inexorable cycles of life, reproduction and death. Autumn Ramsey’s painting, that subjective space she has chosen to attempt a new definition of the body, runs along this trajectory.



(Gilles Deleuze, Félix Guattari, Kafka, 1975, p. 33.) *

(Gilles Deleuze, Claire Parnet, Dialogues, 1977, p. 90.)**

Ecrire comme un chien qui fait son trou, un rat qui fait son terrier.
 *

Ecrire comme un rat trace une ligne, ou comme il tord sa queue, comme un oiseau lance un son, comme un félin bouge, ou bien dort pesamment. **

La peinture est le lieu subjectif qu’a choisi Autumn Ramsey pour tenter une nouvelle définition du corps. Dans les textes des expositions d’Autumn Ramsey, il est souvent fait mention du rapport que le monde occidental a entretenu avec le corps, en le considérant comme un objet, détaché de l’esprit, irrationnel. Dans le cas du corps féminin, s’y est même ajouté, mythe des origines à l’appui, un aspect potentiellement dangereux, nécessitant un contrôle constant. Alors qu’elle était essentiellement peuplée de corps, humains, animaux, mais aussi de créatures mi-humaines mi-animales, sorties de l’imagination des hommes du monde occidental, sphinx, satires ; les peintures de cette exposition semblent se diriger vers une zone indécise où l’humain, l’animal et le végétal ne font qu’un. Les figures, jusque-là distinctes, font place à des formes végétales. A y regarder de plus près, les formes, tout en restant organiques, se font de plus en plus abstraites. Se mêlent des tubes sinueux, des lobes, des gorges au déploiement tremblant, des surfaces arachnéennes, peut-être des membranes plasmiques. « Par endroits, le pigment semble appliqué de la pointe de la langue, tant il est vibrant de lyrisme », écrivait Paul Leopold Rosenfeld à propos de Georgia O’Keefe. La matière est faite de chevauchements et de superpositions de couches, tout en transparence, créant un vibrato inouï.

La pluralité de registres qu’elle fait coexister sur chacune de ces peintures (qu’il s’agisse de la qualité du trait ou des variations de couleur, parfois franches, parfois poudrées, toujours frémissantes) semble nous placer devant les contours d’un mystérieux renversement des valeurs qui ont longtemps siégé dans l’histoire des idées et par conséquent dans l’histoire de la peinture. Un court-circuitage, laissant la place à la rencontre de plusieurs règnes. Autumn Ramsey pratique une peinture qui a plus à voir avec la métamorphose qu’avec la métaphore. Ce n’est pas un paysage floral qu’on a sous les yeux, ni un chat, ni un nu féminin, c’est un avatar sculpté par la ligne, la forme et la couleur. Le changement de forme semble aller de pair avec un changement temporel de trajectoire. Qu’est-ce qu’on démantèle ici? La pensée antique, l’histoire judéo-chrétienne, les Lumières, le village global? Dieu est mort, la nature n’existe pas. Il nous reste à imaginer des formes différentes de continuité et de discontinuité entre humains et non-humains pour résoudre les énigmes soulevées par les inexorables cycles de vie, de reproduction et de mort. La peinture d’Autumn Ramsey, ce lieu subjectif qu’elle a choisi pour tenter une nouvelle définition du corps, s’inscrit dans cette trajectoire.



(Gilles Deleuze, Félix Guattari, Kafka, 1975, p. 33.)*

(Gilles Deleuze, Claire Parnet, Dialogues, 1977, p. 90.)**

FR : Writing like a dog digging out its hole, a rat making its den. * Writing like a rat traces out a line, or like it twists its tail, like a bird launches a sound, like a feline moves, or else sleeps heavily. ** Painting is the subjective space chosen by Autumn Ramsey ...
EN: Ecrire comme un chien qui fait son trou, un rat qui fait son terrier.
 * Ecrire comme un rat trace une ligne, ou comme il tord sa queue, comme un oiseau lance un son, comme un félin bouge, ou bien dort pesamment. ** La peinture est le lieu subjectif qu’a chois...
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