Brett Goodroad
Bells5 & 7 rue de Beaune, Paris
Brett Goodroad moved to San Francisco to study art. After graduating, he drove large trucks for a company that hauled organic produce across the American Southwest—from the Pacific coast to New Mexico and back. He’d leave on Saturday around midnight, and drive for five days with relatively little rest before returning home, his bones still rattling in his frame. The open road informed his painting: his landscapes, like the views through the front windshield, were indeterminate and headlong. He painted in his backyard, which was generally overgrown.
In 2021 he decamped from San Francisco to the high desert of Arizona, where he painted full-time. I visited him there on several occasions, flying into Sky Harbor and climbing more than 5,000 feet through red-brown mountains and saguaro cacti in tinny rental cars. Once I drove through a lightning storm that felt like the first storm ever made.
Brett took good care of me in Arizona; there was always a big meal waiting after a long day of travel. By day we’d look at paintings and go for hikes; after dark, grab a cone at the local ice creamery. The town square had a large bronze sculpture of a man on horseback that Brett had rendered many times in his notebook. The sculptor’s name was Solon Borglum—his brother Gutzon carved Mount Rushmore.
One morning we drove to a place called the Dells, a lunar landscape of rippled granite boulders more than a billion years old. As we approached, I asked—rhetorically, I thought—what is art? Like, “What is art, anyway?” Quite a riddle! “Oh, I don’t know,” he said, more seriously than I expected. “But I know it’s non-violent.”
Few artists, in my experience, actively relinquish authority over the things they make—given what’s at stake, who can blame them? Most want to control how their work goes about the business of making meaning in the wide open world. But across the arc of Brett’s work, meaning slides into something closer to being, and each painting becomes an event—the way that weather is an event.
I’ve stood with Brett and others in front of his paintings many times. “I see a face,” someone says, and the artist agrees—yes, there it is. “And a donkey!” another proclaims. Even better, wonderful. “Is that Ophelia?” someone wonders aloud, half incredulously. Things are really heating up.
I’ve also had him guide me through certain paintings, showing me what he sees—tracing, for example, the modest crescent of a character’s hunchback. See it? Sometimes I do, but other times I don’t, and thank goodness. The poet Charles Olson wrote that “to be in different states without a change / is not a possibility.” These paintings—fixed as dirt—embody the belief that change is possible, and signal renewal again and again. In fact, many surfaces appear to depict motion itself: brushstrokes caught on a strange wind, as if the picture just blew in.
Brett is a landscape painter, but the mind is a landscape, and so is a rock. His earth and its matter—paint included—are animate and in concert with each other. They are a sediment. Viceroys and kings, serfs and clowns, faceless heads and headless faces. Clothes made from lichen, cliffs like waves. Sometimes a painting reveals the raw texture of whatever surface he’s working on—canvas, linen, silk, copper—and in this way the work is about mortality.
Many paintings are untitled, though several are called “Kiss,” the place where the singular is scrambled. Open letters.
Brett is back in California now, living in the northeasternmost county in the state, close to the border of both Oregon and Nevada. His work has never before been shown in Paris. In some sense, California is quite free—there is very little past crowding one’s rearview, and artists contend with the high cost of gas far more than aesthetic lineage. Art history is something that largely happened elsewhere, to other constituencies.
There is a painting in the exhibition that I’m convinced depicts several nudes descending a giant outdoor staircase. Did he have Paris in mind while making it? I don’t suppose so, and I don’t ask. Volcano lips mouth butthole animal explosion.
His recent work takes up temporary residence across three storefront galleries at Crevecoeur. One of the spaces was a former antique shop. Spring is around the corner. Old clocks, new time. A donkey. Bells. The weather.
Text by Jordan Stein
Brett Goodroad s’est installé à San Francisco pour suivre des études d’art. Une fois son diplôme en poche, il a conduit de gros camions pour le compte d’une entreprise qui transportait des produits biologiques dans le sud-ouest des États-Unis, faisant des allers-retours entre la côte Pacifique et le Nouveau Mexique. Il partait le samedi autour de minuit, conduisait pendant cinq jours, prenant peu de repos avant de rentrer chez lui, ses os encore secoués par les vibrations du véhicule. L’expérience de la route a marqué sa peinture : ses paysages, comme ceux que l’on voit à travers un pare-brise, étaient vagues et précipités. Il les peignait dans son jardin qui était généralement envahi de végétation.
En 2021, il a quitté San Francisco pour s’installer sur les hauts plateaux de l’Arizona, où il s’est consacré à la peinture à plein temps. Un endroit où je lui ai rendu visite à plusieurs occasions, prenant pour cela un avion jusqu’à Sky Harbor avant de parcourir, dans de petites voitures de location, plus de 1 500 kilomètres parmi les montagnes marrons-rouges et les cactus saguaro. Un jour, j’ai conduit dans un orage tel qu’il me semblait être le premier de la création.
Brett me recevait comme un prince en Arizona. Il y avait toujours un festin qui m’attendait au terme de ma longue journée de voyage. La journée, nous allions voir des tableaux et faire des randonnées. La nuit tombée, nous allions acheter une glace chez le glacier du coin. Il y avait sur la place principale une grande sculpture en bronze d’un cavalier à cheval que Brett a reproduit de nombreuses fois dans ses carnets. Le sculpteur s’appelle Solon Borglum – son frère Gutzon a sculpté le mont Rushmore.
Un matin, nous sommes allés jusqu’aux Dells, un site lunaire formé de blocs de granit ridés vieux de plus d’un milliard d’années. Alors que nous approchions en voiture, j’ai posé la question – que je croyais toute rhétorique – « Qu’est-ce que l’art ? » Sacrée énigme ! « Oh, je l’ignore », répondit Brett, plus sérieusement que je ne m’y attendais. « Mais je sais que l’art est non violent. »
J’ai rencontré peu d’artistes qui renoncent aussi fermement que Brett à leur autorité sur les choses qu’ils créent. Considérant ce qui s’y joue, qui pourrait les blâmer ? La plupart souhaitent garder le contrôle sur ce qu’on fait dire à leurs œuvres une fois qu’elles sont mises en circulation. Mais dans l’œuvre de Brett, le sens dérive vers quelque chose proche de l’étant, et chaque tableau devient un événement – de la même façon que le temps qu’il fait est un événement.
Je me suis souvent retrouvé avec Brett et d’autres personnes devant ses peintures. « Je vois un visage », dit quelqu’un, et il acquiesce – oui, il y a un visage. « Et un âne ! » proclame un autre. Encore mieux ! Magnifique ! « Est-ce Ophélie ? » se demande une autre personne à haute voix, prête à se laisser convaincre. Les esprits commencent à s’échauffer.
Il m’est aussi arrivé de lui demander de me guider dans certains tableaux et de me montrer ce qu’il y voit, en traçant, par exemple, le léger croissant du dos bossu d’un personnage. Tu le vois ? Parfois je le vois, mais parfois non, et c’est tant mieux. Le poète Charles Olson a écrit qu’« être dans des états différents sans changer / n’est pas une possibilité. » Ces peintures – aussi immobiles que la poussière – incarnent la croyance selon laquelle le changement est possible et qu’il signale le renouveau, encore et encore. De nombreuses surfaces semblent, en fait, décrire le mouvement lui-même : des coups de pinceau emportés par un souffle étrange, comme si le tableau se produisait dans un coup de vent.
Brett est un peintre paysagiste. Mais l’esprit aussi est un paysage, ainsi que les rochers. Chez lui, la terre et ce qui la compose, y compris la peinture, sont animés et entrent en harmonie. Ce sont des sédiments. Vice-rois et rois, serfs et clowns, têtes sans visage et visages sans tête. Des vêtements faits de lichen et des falaises comme des vagues. Parfois, une peinture révèle la texture brute du support sur lequel elle est exécutée – toile, lin, soie, cuivre –, faisant de la mortalité le sujet de l’œuvre.
De nombreux tableaux sont sans titre. Néanmoins certains s’appellent « Kiss » [baiser] : là où le singulier se brouille. Lettres ouvertes.
Brett est maintenant de retour en Californie, installé dans un comté à l’extrême nord-est de l’État, à la frontière avec l’Oregon et le Nevada. Son travail n’a jamais été montré à Paris. D’une certaine façon, la Californie est plutôt libre. Un regard jeté en arrière n’y rencontre pas les décombres du passé, et les artistes sont bien plus confrontés au prix élevé de l’essence qu’aux questions d’héritage artistique. L’histoire de l’art est une chose qui s’est passée ailleurs, dans d’autres circonscriptions.
Il y a, dans l’exposition, un tableau dont je suis convaincu qu’il représente plusieurs nus descendant un escalier géant. Brett pensait-il à Paris en le peignant ? J’en doute, et je ne lui poserai pas la question. Volcan lèvres bouche trou du cul animal explosion.
Ses œuvres récentes s’installent pour un temps dans les vitrines des trois espaces de la galerie Crèvecoeur, rue de Beaune. L’un de ces espaces accueillait auparavant un antiquaire. Le printemps pointe son nez. Vieilles pendules, nouvelle époque. Un âne. Des cloches. Le temps.
Texte de Jordan Stein
Traduit par Vincent Simon
Exhibition view, Brett Goodroad, Bells, Crèvecœur, Paris, 2026.
Brett Goodroad, Tilth of me, 2024, oil on canvas, 196 × 216 cm.
Brett Goodroad, Tilth of me, 2024, oil on canvas, 196 × 216 cm. (detail)
Exhibition view, Brett Goodroad, Bells, Crèvecœur, Paris, 2026.
Brett Goodroad, untitled, 2025, oil on copper, 61 × 91,5 cm.
Brett Goodroad, untitled, 2025, oil on copper, 61 × 91,5 cm. (detail)
Brett Goodroad, untitled, 2025, oil on copper, 61 × 91,5 cm. (detail)
Exhibition view, Brett Goodroad, Bells, Crèvecœur, Paris, 2026.
Brett Goodroad, untitled, 2025, oil on linen, 100 × 114 cm.
Brett Goodroad, untitled, 2025, oil on linen, 100 × 114 cm. (detail)
Brett Goodroad, Kiss, 2025, oil on copper, 25,5 × 20 cm.
Exhibition view, Brett Goodroad, Bells, Crèvecœur, Paris, 2026.
Brett Goodroad, untitled, 2025, oil on linen, 24 × 38 cm.
Exhibition view, Brett Goodroad, Bells, Crèvecœur, Paris, 2026.
Brett Goodroad, b, 2025, oil on linen, 71,5 × 58,5 cm.
Brett Goodroad, Seascape, 2024-2025, oil on linen, 114 × 100 × 3 cm.
Brett Goodroad, Seascape, 2024-2025, oil on linen, 114 × 100 × 3 cm. (detail)
Brett Goodroad, Seascape, 2024-2025, oil on linen, 114 × 100 × 3 cm. (detail)
Ask information
Exhibition view, Brett Goodroad, Bells, Crèvecœur, Paris, 2026.
Brett Goodroad, For/To, 2021-2025, oil on linen, 117 × 86 cm.
Brett Goodroad, For/To, 2021-2025, oil on linen, 117 × 86 cm. (detail)
Brett Goodroad, Flurry, 2025, oil on copper, 25,5 × 20 cm.
Exhibition view, Brett Goodroad, Bells, Crèvecœur, Paris, 2026.
Brett Goodroad, untitled, 2025, oil on copper, 20 × 30 cm.
Brett Goodroad, untitled, 2025, oil on linen, 140 × 119 cm.
Brett Goodroad, untitled, 2025, oil on linen, 140 × 119 cm. (detail)
Brett Goodroad, untitled, 2025, oil on linen, 140 × 119 cm. (detail)
Exhibition view, Brett Goodroad, Bells, Crèvecœur, Paris, 2026.
Exhibition view, Brett Goodroad, Bells, Crèvecœur, Paris, 2026.
Brett Goodroad, Palco, 2021-2025, oil on copper, 30,5 × 45 cm.
Exhibition view, Brett Goodroad, Bells, Crèvecœur, Paris, 2026.
Brett Goodroad, For you, 2025, oil on copper, 25,5 × 20 cm.
Brett Goodroad, K, 2022-2024, oil on linen, 45 × 37 cm.
Exhibition view, Brett Goodroad, Bells, Crèvecœur, Paris, 2026.
Brett Goodroad, I touch or am touch’d, 2025, oil on copper, 27 × 20 cm.
Brett Goodroad, For S, 2025, oil on copper, 20 × 25 cm.
Exhibition view, Brett Goodroad, Bells, Crèvecœur, Paris, 2026.
Brett Goodroad, untitled, 2025, oil on copper, 15 × 11,5 cm.
Brett Goodroad, Nocturne, 2025, oil on copper, 15 × 11,5 cm.
Work views: Laurent Edeline
Exhibition views: Martin Argyroglo
PARIS — Cascades
9 rue des Cascades
75 020 Paris – France
from Tue. to Fri.: 10 a.m. to 6 p.m.
Sat.: 11 a.m. to 7 p.m.
and by appointment
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5 & 7 rue de Beaune
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from Tue. to Fri.: 10 a.m. to 6 p.m.
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