Crèvecœur présente Échos, la deuxième exposition personnelle de Clio Sze To à la galerie. Réunissant une dizaine de peintures, l’exposition poursuit la réflexion de l’artiste sur la manière dont les images hantent la mémoire.
Un écho ne répète jamais un son sans le transformer. Le temps qui le sépare de son origine en modifie imperceptiblement la forme. Les peintures de Clio Sze To semblent répondre de cette même logique : des images ordinaires quittent le monde, traversent la conscience et reviennent autrement, chargées des différentes surfaces qu’elles auront atteintes.
Cette exposition marque une évolution importante dans la pratique de l’artiste. Longtemps, la ville fut observée depuis un point de vue fixe : la fenêtre de son appartement de la cité du Pont de Sèvres, devenue un cadre de contemplation quotidien et donnant la mesure de l’obession de l’artiste pour son sujet. « À l’intérêt de découvrir sous plusieurs angles un ensemble architectural de l’ère pompidolienne, s’ajoute un travail de construction de l’identité et de la mémoire. » ¹
Depuis, Clio Sze To a quitté l’appartement familliale du Pont de Sèvre et arpente désormais la ville. Recueillant au fil de ses déambulations des apparitions fugaces, Clio Sze To brosse méticuleusement le portrait hyper-réaliste d’un Paris fragmenté et en mouvement : une façade traversée par une lumière éphémère, un reflet dans une vitrine, l’ombre d’un arbre sur les quais de Seine, mais aussi des ampoules ou une plante silencieuse — autant de variations du motif que de déformations du réel y sont à l’oeuvre. La ville lumière s’en trouve ainsi transfigurée, comme la cité du Pont de Sèvres pouvait l’être auparavant depuis les multiples prises du même point fixe.
Ces rencontres sont parfois retenues par la photographie avant d’être restituées à la peinture, comme une nouvelle fenêtre par laquelle viendraient se fixer les projections de l’artiste. Entre le monde et la peinture, l’image traverse plusieurs états : elle est vécue, enregistrée, oubliée, retrouvée puis reconstruite.
Le récent passage à la peinture à l’huile accompagne cette transformation. Sans rompre avec l’héritage de la technique traditionnelle chinoise de l’aquarelle sur soie, qu’elle applique maintenant sur toile de lin, Clio Sze To explore désormais les possibilités des glacis, des transparences et des superpositions. Chaque toile conserve ainsi la mémoire de son obsession autant que celle du regard dont elle procède.
¹ Patrick Javault, « Cli Sze To», The Art Newspaper, 2023.
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