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Clio Sze To

Échos, 5 & 7 rue de Beaune, Paris

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Échos est la deuxième exposition personnelle de Clio Sze To à la galerie Crèvecœur, après Pont de Sèvres en 2023 — une série de pastels sur papier et d’aquarelles sur soie peints depuis l’appartement familial où elle avait grandi, au treizième étage d’une tour. D’un point de vue fixe et surélevé, elle produisait de gros plans, des plans larges, des plongées : une série de portraits obsessionnels et lumineux, où le sujet tenait l’artiste presque autant qu’elle le tenait. Le béton avait un poids, une rugosité. Le verre et les voilages se superposaient en transparences. La nuit, souvent, faisait moins apparaître les choses qu’elle ne les effaçait. La dernière toile de cette période, présente dans l’exposition, Ombre, est une vue en surplomb noyée dans une brume dorée qui adoucit cette dureté — le regard fixe s’y efface déjà dans le flou.


Depuis, Clio Sze To a déménagé. Elle vit et travaille désormais à Paris intramuros, au rez de chaussée. Un changement qui a eu un impact fort sur la peinture. La pratique ne vient plus d’une vue longuement habitée, mais de déambulations pendant lesquelles l’artiste prend des photos avec son téléphone. Un geste banal, très de son temps, qui débouche pourtant, une fois en atelier, sur un travail de la main qui semble venir d’une approche ancienne de la peinture. Les images sources sont disposées les unes à côté des autres — selon une méthode de joiners qui rappellent David Hockney— ce qui provoque de légères distorsions de perspective. Cette manière d’échapper au point de fuite unique, à l’instant figé d’un seul œil, rejoint quelque chose de la peinture chinoise, dont Sze To est elle-même issue par filiation : une tradition qui ignore la perspective classique et invite à traverser l’image plutôt qu’à la fixer. Les passants qui peuplent ses toiles existent réellement. Mais elle s’autorise à accélérer leurs croisements, elle prend des libertés pour les réunir sur une même toile, orchestrant des rencontres que la rue, à ce rythme, n’a pas produites.


La peinture à l’huile, qu’elle avait délaissée depuis un temps au profit du pastel et de l’aquarelle, se travaille différemment. Tout commence avec une intention précise : celle de saisir le point d’accroche qui a decide. Mais au fil du travail, d’autres points d’accroche surgissent, non anticipés, et prennent une importance égale au premier : un lampadaire, un néon de vitrine, une fenêtre éclairée derrière laquelle on devine une présence. Sa méthode tient aussi à un geste de peintre assez simple : elle prépare une couleur sur la palette, l’applique à l’endroit prévu, puis la fait rebondir ailleurs sur la toile, spontanément d’abord, puis de plus en plus consciemment, cherchant un rythme entre les couleurs et les formes, presque musical. Chaque sujet — un lieu, des gens, un objet — est pour elle à la fois un fragment et une image réduite du tout dont il fait partie, comme si le monde se répétait à toutes les échelles ; la touche elle-même, geste minuscule répété des milliers de fois sur la toile, matérialise ce rapport entre le particulier et le global. Devant le pont de Sully, elle a cherché à peindre à la fois le vertige d’être une seule chose dans cette immensité, et l’apaisement de son harmonie. La légère convexité du fleuve a poussé l’artiste à inventer un ciel qui lui répond. Les cercles concentriques d’une pierre jetée dans l’eau retrouvent ailleurs les ampoules rondes d’une vitrine de luminaires ; les troncs d’arbres, les fûts sculptés d’une armoire ou les créneaux d’une tour.


Ce sont encore des portraits. Une armoire entrouverte sur ses classeurs de paperasse, une vitrine arborant une multiplicité de luminaires, un immeuble, un pont — ce sont nos objets, nos bâtiments, le monde construit par les hommes, qui continue de parler d’eux en leur absence. Une horloge de gare se reflète, déformée, dans une façade voisine. La ville semble se répondre à elle-même.


L’exposition a un temps porté un autre titre : Bulles. Clio Sze To en aimait la transparence, cette pellicule qui laisse filtrer et se décomposer la lumière, sensible sur les toiles les plus colorées de la série. Mais enfant, déjà, on lui disait qu’elle vivait dans sa bulle. Échos suppose un dehors : quelque chose qui rebondit et nous revient transformé, plutôt qu’un espace refermé sur lui-même.


Ce que la peinture peut faire, pense Clio Sze To, c’est loger dans la matière ce que les mots n’atteignent pas — cet espace entre nous et le monde. Chaque sujet, même une nature morte, devient une manière de chercher ce que nous avons en commun.


Sur l’œuvre la plus silencieuse de l’exposition, deux ampoules reposent, éteintes, sur un fragment de tissu blanc. Toute la lumière de la série — lampadaires, néons, fenêtres, reflets — semble s’y être retirée, en attente. Un écho, juste avant qu’il ne reparte.

Echos is Clio Sze To’s second solo exhibition at Galerie Crèvecœur, after Pont de Sevres in 2023 — a series of pastels on paper and watercolours on silk, made in her family apartment on the thirteenth floor of a residential tower. From an elevated, static perspective, she produced close-up, wide, and high-angle compositions: a series of obsessive and luminous portraits, where the subject possessed the artist almost as much as she possessed it. The concrete has a weight to it, a roughness. Glass and drapery are composed in transparent layers. The night doesn’t so much as erase things, but soften their appearance. The last work from this period, shown in the exhibition, Ombre [Shadow], is a downward-sweeping view submerged in a golden fog that softens the surrounding severity — the fixed gaze dissolves into the blur.


Since then, Sze To moved out. She now lives inside Paris itself, on the ground floor. This change had a big impact on her work. Her practice no longer comes from an enduring, knowing gaze, but from her urban wanderings, taking photos with her telephone. This banal, of-its-time gesture, when brought into the studio, is transformed by handiwork that seems to come from an ancient era. The source images are placed one after the other — using a “joiners” method that recalls Hockney — provoking subtle distortions in perspective. This technique for evading a single vanishing point—a frozen moment seen by a single eye—resonates with Chinese painting, a tradition that informs Sze To’s practice, through filiation, displacing Western classical perspective through the privileging of a mobile rather than static gaze, the viewer invited to pass through the image. The passers-by that populate her canvases actually exist. But she allows herself to accelerate their crossings, taking the liberty to put them on the same canvas, orchestrating encounters that the street’s rhythm didn’t produce.


Oil paint, a material that the artist had put aside to work with pastel and watercolour, requires a different approach. Everything begins from a precise intention: seizing the decisive focal point. But across the process, other points of focus emerge, unanticipated, equally as important as the first: a lamp post, the neon light of a shop display, a faint presence behind a window’s light. Her method is also defined by a simple painterly gesture: she mixes a colour on her palette, applies it to the intended part of the canvas, and then lets it ricochet elsewhere in the composition, spontaneously at first, then more and more consciously, seeking a rhythm between colours and forms, as though it were music. Each subject—a place, people, an object—is for her both a fragment and an image reduced to the entirety of its contents, as though the world were repeated on every scale; the brushstrokes themselves, minuscule gestures repeated millions of times on the canvas, materialise the relationship between the global and the particular. When in front of the Pont de Sully [Sully Bridge], the artist sought to paint the vertigo of one single thing within this immensity, the peacefulness of its harmony. The river’s slight convex shape pushed her to invent a sky that responded to it. The concentric circles of a stone thrown in the water are found elsewhere in the round lightbulbs of a lighting store’s display; in tree trunks, the sculpted posts of a wardrobe, or the battlements of a tower.


These are still portraits. A wardrobe’s open doors reveal folders of paperwork, a shop window displays a multiplicity of lamps, an apartment block, a bridge — these are our objects, our buildings, the world made by men, that continue to signify them in their absence. The clock of a station is reflected, and deformed, in a neighbouring façade. The city seems to reply to itself.


The exhibition once had another title: Bulles [Bubbles]. Sze To liked its transparency: a film that lets the light in, filtered and decomposed, becoming tangible in the more colourful canvases in the series. Even as a child, she was told that she lived in a bubble. Echos implies an outside: something that reverberates, transformed; rather than space closed-off on itself.


What painting can do, according to Sze To, is to imbue matter with something language cannot attain – this space between us and the world. Each subject, even a still life, becomes a way of searching for what we have in common.


In the most silent work in the exhibition, two lightbulbs rest on a fragment of white fabric, turned off. All light in the series — street lights, neons, windows, reflections — seems to have withdrawn into itself, waiting. An echo, just before it drifts away.

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Échos, exhibition view, 2026, Crèvecoeur, Paris.

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Boîtes mystères, 2026, Oil on linen, 80 × 40 cm.

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Boîtes mystères, 2026, détail.

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Échos, exhibition view, 2026, Crèvecoeur, Paris.

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D’en haut, 2026, Oil on canvas, 120 × 40 cm.

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D’en haut, 2026, détail.

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Vers minuit, 2026, Oil on canvas, 50 × 100 cm.

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Vers minuit, 2026, détail.

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Échos, exhibition view, 2026, Crèvecoeur, Paris.

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Fêtes, 2026, Oil on canvas, 100 × 73 cm.

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Fêtes, 2026, détail.

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Fêtes, 2026, détail.

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Échos, exhibition view, 2026, Crèvecoeur, Paris.

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En musique, 2026, Oil on canvas, 55 × 38 cm.

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En musique, 2026, détail.

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Échos, exhibition view, 2026, Crèvecoeur, Paris.

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Échos, exhibition view, 2026, Crèvecoeur, Paris.

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Brume et soleil, 2026, Oil on canvas, 55 × 38 cm.

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Brume et soleil, 2026, détail.

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Canicule, 2018, Oil on canvas, 55 × 38 cm.

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Échos, exhibition view, 2026, Crèvecoeur, Paris.

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Clef, 2017, Oil on canvas, 50,5 × 67,5 cm.

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Échos, exhibition view, 2026, Crèvecoeur, Paris.

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Échos, exhibition view, 2026, Crèvecoeur, Paris.

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Rendez-vous, 2026, Oil on linen, 80 × 40 cm.

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Rendez-vous, 2026, Oil on linen, 80 × 40 cm.

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Échos, exhibition view, 2026, Crèvecoeur, Paris.

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Bulbes, 2026, Oil on canvas, 55 × 38 cm.

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Échos, exhibition view, 2026, Crèvecoeur, Paris.

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Arc de nuit, 2026, Oil on canvas, 55 × 38 cm

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Arc de nuit, 2026, détail.