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Ad Minoliti

Playboard

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Ad Minoliti explore, depuis qu’elle a commencé à peindre, bien avant même de s’orienter vers la carrière artistique et de découvrir les théories féministes, des possibilités inexplorées de dialogue entre couleur, géométrie, sexualité, et politique.
Née à Buenos Aires en 1980, la jeune Ad perçoit très tôt qu’elle évolue dans un monde conçu par des hommes blancs cis, pour des hommes blancs cis, et que même l’art moderne et contemporain, qui devrait être progressiste et en rupture avec les mœurs patriarcales qui l’entourent, reproduit, avec ses propres codes et parfois avec une grande subtilité, cette partialité.

L’exposition Playboard se nourrit de l’expérience de The Feminist School of Painting que l’artiste a mise en place à l’automne dernier à la Fondation Kadist de San Francisco, pour sa première exposition institutionnelle aux États-Unis. Elle y avait produit un environnement plus proche du centre de ressources que de l’exposition traditionnelle. Dans cette école éphémère, se sont succédés sous sa houlette sept ateliers, chacun orienté sur un genre spécifique de la peinture. Le portrait, le paysage, l’histoire, la nature morte, le « petit genre » comme elle le nomme (et que nous appelons plutôt «scène de genre»), sont ainsi passés au crible, à travers une approche queer, par une assemblée d’artistes, d’auteures, et d’universitaires.

Genres que l’on retrouve, quelques mois plus tard, dans les peintures de l’exposition Playboard. Prenons le portrait, représentation d’une personne identifiée, longtemps cantonné aux figures ayant une certaine importance sociale. Chez Minoliti, il révèle un personnage géométrique indéterminé - sans origine, sans genre, sans classe, à mi-chemin entre le cyborg de Donna Haraway et le robot des mangas de son enfance, qui colonise des forêts exagérément tropicales (Selvas) aux paysages spatiaux que l’artiste produit pour la première fois (Abstraccion geometrico galactica / Geometries on Space). Le paysage, justement, dont le mot lui-même s’est formé ainsi car il est étroitement lié à la représentation du pays. Il se retrouve ici propulsé dans l’espace, empruntant ses formes aux propositions de colonies spatiales illustrées que la NASA commandait à des artistes dans les années 70, exportant au-delà de la sphère terrestre le White American Way of Life. Contaminé cependant par les figures techno-féministes de Minoliti.
Du grand genre, on retrouve les Furies, divinités des Enfers chez les Romains, chargées d’exécuter sur les coupables la sentence des juges terrestres et les Cyclopes, qui ponctuent l’exposition de leur oeil omniprésent, qui se confond avec celui, plus espiègle, du chat, autre figure récurrente de l’exposition. Le chat, souvent associé à la féminité dans l’espace intime et domestique, longtemps associé à la figure de la sorcière également, s’immisce partout comme un être malicieux, n’hésitant pas à renverser les codes et les conformismes.

Ensemble, les nouvelles séries de peintures de Minoliti construisent un itinéraire ludique, ponctué par des références à l’esthétique enfantine, comme un jeu de l’oie, délibérément tourné vers un futur (enfin) débarrassé des mythologies machistes, colonialistes, et suprématistes. Après avoir exploré un univers alternatif, post-genre et non-humain, voilà que l’artiste s’attaque au futur des genres.

Since she started painting, and well before she turned towards an artistic career and discovered feminist theory, Ad Minoliti has been exploring the unexploited possibilities that form a dialogue between colour, geometry, sexuality and politics. Born in Buenos Aires in 1980, the young Ad soon saw that she was growing up in a world made for white cis men, by white cis men, and even modern and contemporary art, which should be progressive and break with the patriarchal customs that surround it, reproduced this partiality, with its own codes and sometimes great subtlety.

The exhibition Playboard feeds on the experience of the Feminist School of Painting which the artist set up last autumn at the Kadist Foundation of San Francisco, for her first institutional exhibition in the USA. She there produced an environment closer to a centre of resources than a traditional show. In this ephemeral school, she led a succession of seven workshops, each orientated towards a specific painting genre. The portrait, the landscape, history, still life, the “petit genre” as she calls it (and which is more often called “genre scene”) were thus explored, through a queer approach, by a group of artists, authors and academics.

These genres were to be found again, a few months later, in the paintings of the exhibition Playboard. For example, the portrait, as a depiction of an identified person, for long limited to people with a certain social importance. But Minoliti instead displays an indeterminate geometric character - without origins, gender or class, midway between Donna Haraway’s cyborgs and the robots of her childhood manga, which colonise excessively tropical forests (Selvas) with spatial landscapes that the artist has produced for the first time (Abstraccion geometrico galactica / Geometries on Space). A landscape, thus, for which the very word was coined because it was closely linked to the depiction of a land or country. In this case it is propelled into space, taking its forms from the illustrated propositions for spatial colonies that NASA commissioned from artists during the 1970s, thus exporting beyond the terrestrial sphere its White American Way of Life. In this case contaminated by Minoliti’s techno-feminist figures.
For a major genre, we can see the Furies, divinities from Hell for the Romans, charged with executing the sentences of the earth’s judges on the guilty, and the Cyclops, which mark the exhibition with their omnipresent eyes, becoming amalgamated with the cheekier stare of cats, another recurrent figure in the show. The cat, often associated with femininity in the domestic, intimate space, and also associated to witches, creeps in everywhere, as a cunning being, not hesitating to overturn codes and conformities.

Together, this new series of Minoliti’s paintings build up a ludic itinerary, punctuated by references to a childhood aesthetic, like a game of snakes and ladders, deliberately turned towards a future (at last) freed from macho, colonialist and supremist mythologies. After exploring the non-human, post-gender alternative universe, the artist is now addressing the future of genres.

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Abstraccion geometrico-galactica, 2019, unique eco-solvent inkjet print on canvas, 150 × 250 cm (each panel: 150 × 80 cm). © Aurélien Mole

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Playboard, 2019, exhibition view, Crèvecœur, Paris. © Aurélien Mole

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Geometry with Cat, 2019, acrylic on canvas, 135 × 80 cm. © Aurélien Mole

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Playboard, 2019, exhibition view, Crèvecœur, Paris. © Aurélien Mole

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Playboard, 2019, exhibition view, Crèvecœur, Paris. © Aurélien Mole

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Geometries on Space #2, 2019, unique eco-solvent inkjet print on canvas, 150 × 95 cm. © Aurélien Mole

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Geometries on Space #1, 2019, unique eco-solvent inkjet print on Canvas, 150 × 95 cm. © Aurélien Mole

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Cyclope Portal, 2019, acrylic on canvas, 220 × 145 cm (3 panels). © Aurélien Mole

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Playboard, 2019, exhibition view, Crèvecœur, Paris. © Aurélien Mole

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Playboard, 2019, exhibition view, Crèvecœur, Paris. © Aurélien Mole

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Scène de genre, 2019, acrylic on canvas, 135 × 120 cm. © Aurélien Mole

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Ad Minoliti, Playboard, 2019, exhibition view, Crèvecœur, Paris. © Aurélien Mole

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Las Furias, 2019, acrylic on canvas, 200 × 140 cm. © Aurélien Mole

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Playboard, 2019, exhibition view, Crèvecœur, Paris. © Aurélien Mole

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Queer Geometry #2, 2013, acrylic on canvas, 120 × 80 cm. © Aurélien Mole

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Untitled (Cyclope), 2019, acrylic on canvas, 50 × 180 cm. © Aurélien Mole

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Ojos, 2019, spraypaint, pencil and acrylic on canvas, 80 × 170 cm (each panel: 80 × 80 cm). © Aurélien Mole